L’IA vs Rédacteur : cas pratique avec la Bonne Mère

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Vendre des prestations de rédaction à l’ère de l’intelligence artificielle, est-ce vraiment réaliste ? C’est une question qui revient souvent quand j’évoque mon choix de reconversion. Mais plutôt qu’un long discours, je vous propose ici une démonstration des dégâts que l’IA peut avoir sur la qualité des contenus que vous souhaitez communiquer à vos clients et prospects. J’ai pris l’exemple d’un monument très connu où je propose des visites guidées à Marseille : la basilique Notre-Dame de la Garde.

Voici le prompt que j’ai rédigé sur Gemini : 

“Je suis guide touristique à Marseille et je souhaite une description de Notre-Dame de la Garde qui prendrait en compte la diversité culturelle de la ville, l’histoire de son immigration et la tolérance qui en résulte. Le texte doit être captivant et sensibiliser des touristes non initiés qui découvrent Marseille pour la première fois.”

Tout ce que vous lirez en italique sont les âneries écrites par l’IA, en alternance avec mes commentaires pour chaque paragraphe. Et on commence avec un magnifique titre.

Notre-Dame de la Garde : Le Phare de la Fraternité

L’IA a compris ma demande autour de la tolérance en utilisant le terme “fraternité”. Problème : ce n’est pas le mot qui revient dans le vocabulaire des Marseillais pour décrire ce monument. Ici, nous l’appelons plus simplement la Bonne Mère, car elle protège tout le monde sans distinction. De plus, très peu savent qu’un temps, elle fut un phare. On nage donc en pleine niaiserie avec ce “Phare de la Fraternité”, car cela ne colle pas du tout à l’image que nous avons de la basilique.

Mesdames et Messieurs, tournez votre regard vers ce sommet. À 150 mètres d’altitude, dominant le tumulte du Vieux-Port, se dresse la silhouette byzantine de Notre-Dame de la Garde. Pour nous, Marseillais, elle n’est pas qu’une basilique : elle est la « Bonne Mère », un phare spirituel qui veille sur tous, sans distinction de foi ou d’origine.

Même de loin, elle fait face à la tour CMA-CGM, œuvre de Zaha Hadid, qui devait initialement la dépasser de quelques mètres. Mais c’était sans compter sur l’intervention de l’ancien maire Jean-Claude Gaudin qui modifia le PLU à la hâte au début des années 2000, rendant impossible toute construction d’une hauteur supérieure à ce monument sacré pour les Marseillais. Pour reprendre plus correctement l’IA qui s’entête avec son phare “spirituel” cette fois-ci, gageons que “elle n’est pas qu’une basilique, mais comme une mère, et rien ne peut se positionner au-dessus d’une mère”.

Un Style à l’Image de Marseille : Le Métissage des Pierres. Ce style romano-byzantin, avec ses coupoles et ses alternances de pierres blanches (calcaire de Calissane) et vertes (lauze de Florence), n’est pas un hasard. Au XIXe siècle, alors que Marseille devenait la « Porte de l’Orient », on a choisi ce style pour refléter les liens profonds de la ville avec la Méditerranée. C’est un édifice qui regarde autant vers Rome que vers Constantinople ou Alger.

L’IA semble vraiment tout ignorer de notre multiculturalité et invente un nouveau concept en jouant les poètes du dimanche : le métissage des pierres qui, une fois passées au blender, PAF, ont fait des chocapics ! Le terme que Gemini cherche ici, c’est “bichromie” pour l’alternance du vert et du blanc des façades extérieures, encore un qui était absent des cours d’histoire de l’art ! Autre aberration et pas des moindres, la pierre verte est bien de la région de Florence, mais n’est absolument pas de la lauze : c’est du grès et c’est de la Golfalina. Gemini, mon cher ami, la lauze ne se trouve qu’en montagne, loin de Florence, et sa couleur est noire.

La Sentinelle des Exilés : Marseille est une ville bâtie par des vagues successives de migrations. Pour l’Arménien fuyant le génocide, l’Italien cherchant du pain, ou le rapatrié d’Algérie arrivant sur un paquebot, la première chose que l’on aperçoit depuis la mer, c’est l’éclat de cette Vierge dorée (…)

Oui et non. Certes, il n’est pas rare d’y croiser toutes sortes de confessions, mais à partir du moment où les Arméniens sont cités, on rentre dans l’approximation. En effet, de nombreuses vagues d’immigration venues d’orient (19e-20e) ont déclenché la construction de nouveaux édifices religieux dans toute la ville pour suivre le culte selon leur tradition, à commencer par une dizaine d’églises arméniennes (orthodoxes, catholiques et protestantes). Dans le centre-ville, deux lieux de culte se démarquent par leur beauté et diversité : l’église de la Dormition (grecque orthodoxe) et l’église St Nicolas de Myre (greco-catholique melkite) qui, selon le rite byzantin, célèbre la messe en arabe. Dire que tout ce beau monde s’est contenté d’aller prier à Notre-Dame de la Garde n’est pas tout à fait vrai.

Une Leçon de Tolérance en Altitude : Si vous entrez à l’intérieur, levez les yeux. Vous verrez des ex-voto : des maquettes de bateaux suspendues, des peintures de naufrages évités, des béquilles délaissées. Ces offrandes racontent des milliers de destins individuels qui, mis bout à bout, forment l’histoire collective de Marseille.

Merci, je ne t’ai pas demandé de me décrire ce que je vois, mais plutôt de me l’expliquer. Et puis “entrez à l’intérieur” est un pléonasme. Tu me fatigues, Gemini.

Ici, sur cette esplanade, la diversité marseillaise se donne rendez-vous. On y entend toutes les langues et tous les accents. Notre-Dame de la Garde est la preuve que dans une ville complexe, parfois rugueuse, il existe un point fixe de paix. Elle nous rappelle que si nous venons tous d’horizons différents, nous partageons tous le même horizon : cette ligne bleue où le ciel embrasse la mer.

On y entend toutes les langues parce qu’il y a essentiellement des touristes qui s’y rendent pour la vue, plus que pour la prière, d’ailleurs. Deux millions de visiteurs y grimpent chaque année, soit deux fois la population de Marseille. Aucun lien avec la diversité des Marseillais, donc. Je suis d’ailleurs peinée, Gemini, que tu fasses le lien inutile entre diversité et voyageurs, tout en oubliant que c’est ici-même que le Pape François a fait cette déclaration le 22 septembre 2023 :

“En ce carrefour des peuples qu’est Marseille, je voudrais réfléchir avec vous sur ce croisement de regards, car il me semble que s’y exprime parfaitement la dimension mariale de notre ministère.”

Ce sont de très belles paroles, mais la présence de dignitaires religieux de toutes confessions à ses côtés l’était encore plus, surtout au pied d’une église catholique.

Vidéo ici :https://youtu.be/PveRx-WEeYM?si=qvxs4UjHa61u5j6m


Ce que je retiens de cette démonstration, c’est que lorsque vous devez écrire sur un sujet non maîtrisé, l’IA peut se révéler être un très mauvais choix. Mes 20 ans d’expérience ont permis le recul nécessaire pour rectifier le tir et surtout : humaniser un discours fade où l’intelligence artificielle n’a pas abordé le sujet en profondeur, mais a plutôt pondu un récit de qualité bien médiocre.

Conclusion : choisissez la qualité, choisissez un humain qualifié.

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